Chapitre IX
De la Nourriture des Esclaves et de leurs Lits.
Pour achever de dire ce qui concerne nous autres Esclaves du Roi, notre nourriture ne consistait, comme j'ai dit, qu'en une petite écuelée de farine noire et une once d'huile à chacun par jour, tant sains que malades, et tant grands que petits. Notre vêtement était un sac de laine qui porte un capuchon et des manches comme la Robe d'un Ermite, lequel nous servait de bonnet, de chemise, de justaucorps et de haut-de-chausses, avec quatre méchantes paires d'escarpins qui, au bout de huit jours qu'on travaillait dans la chaux et le mortier, étaient tout usés et brûlés. Et par conséquent nos pieds étaient la plupart du temps tous déchirés ; mais pour cela il n'en fallait pas moins travailler.
De notre farine nous en faisions du pain, et nous avions à trente personnes un de nous pour aller quérir la farine au magasin, pétrir, cuire et diviser le pain. Tous ceux d'une Nation se mettaient ensemble afin de mieux s'entre-soulager : Nous autres Français avions trois Boulangers, les Espagnols et Portugais six, et les Anglais et Hollandais quatre. On faisait notre pain en façon de petites galettes qui n'étaient qu'à moitié cuites, d'autant qu'on ne chauffait le four qu'avec du cossat[1] de fèves ou de méchants roseaux. Nos Boulangers nous apportaient ainsi ce pain mal cuit dans les travaux, où nous le mangions tout chaud ; car il était quelquefois dix heures que nous n'avions pas déjeuné, attendant du pain et n'en ayant point du jour précédent, car la mode de ce pays est de cuire tous les jours.
Nous mangions ordinairement huit ou dix ensemble, et nous vendions notre huile pour acheter de quoi nous faire du potage le soir, lequel se faisait d'ordinaire avec du suif de bœuf Salé, ou quelque peu de viande et des légumes. Nous avions deux Cuisiniers (les Espagnols deux, et les Anglais deux) ; ils étaient comme les Boulangers donnés par le Roi à notre option. Ils demeuraient dans leurs charges pendant qu'ils s'en acquittaient bien, et lorsqu'ils faisaient autrement, nous en mettions d'autres. Le devoir des Cuisiniers était de balayer le bitte[2], tenir les cruches pleines d'eau pour boire au souper, faire bouillir les pots et tenir la soupe prête pour notre retour. Ces pauvres Cuisiniers étaient en butte aux injures de toute la troupe, à cause que quelquefois les pots étaient trop ou trop peu salés, ou mal cuits, et chacun leur donnait son brocard pour les faire dépiter, si bien qu'il se rencontrait assez souvent que personne ne le voulait être.
Des Lits
Nos lits étaient des échafauds de claies de grosses cannes, sur lesquelles nous étendions quelques nattes et quelques peaux de mouton pour nous servir de matelas. Comme les chambres où nous couchions étaient fort élevées et couvertes en terrasse, nous mettions jusqu'à quatre échafauds les uns sur les autres.
Quant à moi, j'étais le mieux placé de tous, d'autant que lorsque nous entrâmes dans le bitte neuf de Mequinez, nous n'étions que trente-cinq Français, et on nous donna une chambre où il y avait place pour plus de soixante personnes. Un nommé Jean Colombet et moi, nous nous plaçâmes tout en haut, et nous fîmes une petite chambre posée sur une grosse solive que j'avais apportée avec quelques morceaux de bois, laquelle nous planchéiâmes bien proprement avec une porte fermant en trappe. Nous y fîmes des lits de cordes sur lesquels nous étions plus mollement couchés que les autres. Cette petite chambre, qui me coûta bien de la peine et des blanquilles[3] à la faire, m'exempta bien souvent des journées de travail. Et je m'y tenais caché avec ceux de mes camarades que j'y voulais laisser entrer ; car lorsque la porte (qui n'était point connue des Gardiens) était abaissée, on ne voyait point d'apparence qu'il y en eût, ni aucun retranchement. De plus j'avais communication par une fenêtre sur le quartier des Espagnols, où je me retirais pendant qu'on cherchait dans le nôtre, où je rentrais aussitôt que la visite était faite.
Éloge des Religieux Rédempteurs
Il y avait avec nous des Chirurgiens Chrétiens qui soulageaient les infirmes, les saignaient et les médicamentaient. Et comme on envoyait au Roi presque tous ceux qui se prenaient dans les Navires, cela faisait que nous n'en manquions pas. Il y en a eu un entre autres auquel j'ai des obligations toutes particulières, qui était fort expert, fort honnête et fort charitable. Son expérience lui avait fait gagner de l'argent assez considérablement pour faire quantité d'aumônes et pour payer une partie de son rachat. Il est natif de Toulouse ou des environs, son nom était Guillaume (aujourd'hui Joseph) Castel. Son honnêteté et sa charité le faisaient aimer d'un chacun et regarder comme le père commun des pauvres.
Il fut pris des Corsaires de Salé en l'année 1671 sur un Vaisseau de la Compagnie des Indes Occidentales qui allait à Cayenne, et sur lequel il était Chirurgien. Haly Aquam, Corsaire de Salé (à qui Courtebey, autre Corsaire qui m'avait pris l'année précédente, avait cédé son Vaisseau pour monter l'Amiral de Fez), fut celui qui le captiva et qui l'amena à Fez où il le donna à Mouley Archy. Il travailla pendant quelque temps avec les autres ; mais à cause de quelques belles cures qu'il fit, et entre autres ayant guéri Abdrahaman Fillély, premier Secrétaire du Roi (que Mouley Mimon Ambarque, oncle de Mouley Archy, avait fait Eunuque à cause qu'il avait violé une fille vierge qu'il lui avait donnée en garde), il s'acquit la faveur du Roi et de tous les grands de la Cour, et fut exempt du travail.
Lorsque Mouley Seméin fit sa première campagne de Maroc après la mort de son frère, il le suivit en qualité de Chirurgien de l'Armée, vit toutes les choses qui s'y passèrent, dont il m'apprit depuis les plus importantes. Quand nous fûmes transférés à Mequinez, il y vint avec nous et nous y servit beaucoup, tant par l'exemple de sa vie qui était fort exemplaire que par le soin qu'il prenait des malades. Le Révérend Père Lartigues, Religieux de la Merci, le racheta et l'emmena avec lui en l'année 1676. Ce qui lui arriva bien à propos ; car quelques jours après son départ, Abdrahaman Fillély, premier Vizir et Vice-Roi de Fez, s'étant venu promener à Mequinez, et les Captifs lui ayant demandé un Chirurgien de ceux qui étaient à Fez, il s'informa où était Castel. À quoi l'Alcayde Berry qui était présent répondit qu'il lui avait donné la liberté et qu'il était allé à Salé. — « Comment ? répliqua Abdrahaman, donner la liberté à un si bon Chirurgien ? Vite, qu'on monte à cheval et qu'on aille le chercher ! » Quatre Noirs de ses Gardes partirent aussitôt, mais lorsqu'ils arrivèrent à Salé il n'y était plus. Et sans doute que Dieu l'inspira de s'embarquer sur une Tartane Provençale qui partit de Salé le même jour qu'il y arriva ; autrement, s'il y était resté davantage, il aurait retourné à Mequinez d'où il n'aurait jamais reçu liberté.
Étant arrivé en France et retourné en son pays, il abandonna les intérêts de la terre pour choisir ceux du Ciel. Il prit l'habit dans le Couvent des Religieux de la Merci de Toulouse pour travailler au rachat de ceux qu'il avait laissés en captivité à Mequinez, dont il connaissait mieux les misères que personne, et pour lesquels il a montré une charité si ardente et une si grande envie de les retirer de peine, que l'année d'après sa Profession, les Chefs de l'Ordre s'étant assemblés pour délibérer où la Rédemption qu'ils voulaient envoyer serait plus nécessaire (et la plupart des voix étant pour Tripoli), il représenta vivement les misères dont il avait été le témoin dans Mequinez et persuada si bien ses Supérieurs qu'ils le députèrent pour faire cette Mission dans la Compagnie des R.R. P.P. Bernard Mege et Ignace Bernede. Lesquels vinrent à Marseille joindre cet excellent Religieux, le R.P. Bernard Monel du Couvent de Paris, qui ayant été de la Mission de l'année 1674, venait pour la seconde fois travailler à la liberté de ses frères.
Auparavant que je parle de leur arrivée en Barbarie, je prie le Lecteur d'admirer avec moi le zèle intrépide de ces Religieux charitables qui s'exposent si courageusement aux tempêtes, aux naufrages et à la mer pour venir retirer des chaînes et de la plus effroyable de toutes les misères de pauvres Captifs qui leur sont inconnus, dans les intérêts desquels la seule charité de Jésus-Christ les fait entrer pour leur procurer le plus grand de tous les biens, qui est la liberté, après laquelle ils soupirent depuis le moment qu'ils l'ont perdue et qu'ils sont sous la puissance des Turcs et des Maures, qui sont les hommes du monde les plus cruels et les plus inhumains.
J'honore infiniment tous les Ordres Religieux ; mais après les actions héroïques de charité que j'ai vu pratiquer en Barbarie pendant ma captivité à ceux de la Merci, je crois qu'il n'y en a point dans l'Église de plus utile à toute la République Chrétienne que le leur. Ils ont cela de commun avec les autres qu'ils chantent les louanges de Dieu le jour et la nuit, qu'ils enseignent dans les plus fameuses Universités de l'Europe, qu'ils s'appliquent à gagner des âmes à Dieu par le ministère de la Prédication, et qu'ils travaillent infatigablement à étendre la foi de Jésus-Christ dans les Missions étrangères (témoins dans l'Amérique où ils ont huit célèbres Provinces).
Mais ils surpassent tous les autres par l'excellence de leur quatrième Vœu qui les rend les victimes de la charité, toujours prêts à mourir pour le prochain, puisqu'il les engage à demeurer en otage chez les Infidèles quand ils n'ont plus d'argent pour racheter ceux qu'ils voient en danger de renier. Ils leur procurent la liberté aux dépens de la leur ; c'est-à-dire qu'ils se chargent de leurs chaînes et qu'ils s'engagent à toutes les misères desquelles ils les retirent, et même à la mort. Car les Renégats qui leur portent une haine implacable (à cause que ces Religieux leur reprochent leur infidélité) leur tendent mille pièges, soit pour les faire maltraiter de leurs Patrons sur de Faux rapports, ou pour les faire périr en les accusant de les avoir entendus mal parler de Mahomet ou de son Alcoran. Sur cette accusation on leur donne les bastonnades, et on les condamne ou à se faire Mahométans en reniant la foi de Jésus-Christ, ou à être brûlés ; comme il est arrivé à une infinité de Religieux dont la charité et la constance ont été couronnées par un glorieux martyre. De sorte qu'on peut les regarder comme les premiers Chrétiens, que Tertullien appelait autrefois un genre d'hommes toujours prêts à mourir.
Depuis l'An que leur Ordre fut miraculeusement fondé par la sacrée Vierge (qui apparut une même nuit au Roi d'Aragon, à Saint Pierre Nolasque et à Saint Raymond de Penafort, auxquels elle donna la commission de la part de Jésus-Christ son Fils qui voulait qu'ils établissent cet Ordre pour racheter les Chrétiens Captifs chez les Maures qui possédaient depuis plus de quatre cents ans les plus belles Provinces d'Espagne), cet Ordre n'a cessé d'envoyer ces Religieux à la Rédemption, où ils ont racheté un nombre innombrable de Chrétiens captifs qu'ils ont affranchis de la misère où ils étaient en danger de se perdre dans ces pays barbares.
Combien d'Esclaves réduits au désespoir par les traitements inhumains de leurs cruels Patrons ils ont consolés et animés à prendre leurs peines en patience par leurs ferventes exhortations ? Combien de Chrétiens prêts à renier pour se délivrer de la misère ils ont fortifiés dans la foi, pour laquelle plusieurs ont enduré un glorieux martyre ? Combien de libertins ils ont retirés des vices où ils s'étaient malheureusement plongés pendant leur esclavage, et qu'ils ont réconciliés à Dieu par la pénitence ?
Et moi particulièrement, je ne parle point des enfants qu'ils ont rachetés sur le point qu'on les destinait au Sérail pour y servir d'Eunuques et aux infâmes voluptés du Prince, ni des femmes qu'ils ont affranchies de la Captivité pour les rendre à leurs maris et à leurs enfants, ni des enfants rendus à leurs parents, non plus que des maris rendus à leurs femmes, qui ne se seraient jamais revus sans la charité de ces bons Pères, qui se sont exposés à toutes sortes de fatigues et à la mort même pour les aller racheter en Barbarie et en Turquie. Où est la Province ? où est la Ville ? et où est la Bourgade en France où il n'y ait de ces heureux rachetés qui publient cette vérité aux yeux de tout le monde ?
Voilà le caractère glorieux qui distingue l'Ordre de la Merci Rédemption des Captifs de tous les autres, et qui l'a rendu si utile à l'Église depuis son établissement. Je le dis par un sentiment de reconnaissance que je conserverai toute ma vie, et je suis ravi de trouver cette occasion de publier à toute la terre que je leur dois ma liberté ; et que sans leur secours charitable (joint à celui de Monseigneur Ferdinand de Neuville, Évêque de Chartres, et l'empressement que le R.P. Monel, Religieux du Couvent de Paris, témoigna pour me racheter), je gémirais encore aujourd'hui dans les fers accablé de misères.
J'avais décrit leur voyage en composant ce récit fidèle de ma captivité ; mais l'Auteur qui l'a donné au public dans une petite Relation m'a prévenu après l'avoir extraite de mes écrits, dont les Révérends Pères de la Merci lui donnèrent communication.
Repères historiques
« une petite écuelée de farine noire et une once d'huile à chacun par jour » — Cette ration de famine décrite par Moüette est corroborée par d'autres témoignages de captifs à Meknès. Sous Moulay Ismaïl (1672-1727), les esclaves chrétiens -- peut-être 25 000 au total -- travaillaient quinze heures par jour à bâtir le palais impérial, nourris d'un pain moisi et à moitié cuit, sans viande. Plusieurs chroniqueurs rapportent que le sultan lui-même s'inquiétait parfois de voir ses ouvriers trop affaiblis pour travailler, non par humanité, mais par calcul économique.
Source : « History: When Moulay Ismail put Christian slaves to hard labor in Meknes », Yabiladi, en ligne
« Tous ceux d'une Nation se mettaient ensemble afin de mieux s'entre-soulager » — L'organisation des captifs par nationalité n'a rien d'anecdotique : elle reproduisait une véritable micro-société à l'intérieur du bagne. Français, Espagnols, Portugais, Anglais et Hollandais formaient des communautés séparées avec leurs propres boulangers et cuisiniers, gérant collectivement leurs maigres ressources. Ce système de solidarité nationale était courant dans les bagnes barbaresques, où chaque « nation » avait parfois son propre consul ou représentant auprès des autorités locales.
Source : Gillian Weiss, « Captives and Corsairs: France and Slavery in the Early Modern Mediterranean », Stanford University Press, 2011
« nous fîmes une petite chambre posée sur une grosse solive [...] avec une porte fermant en trappe » — La cachette ingénieuse de Moüette, dissimulée en hauteur dans le bitte de Meknès, illustre la débrouillardise des captifs. Le bagne (ou « bitte ») de Meknès était un vaste complexe souterrain et semi-souterrain connu sous le nom de Prison Qara, dont les vestiges sont encore visibles aujourd'hui. Les prisonniers y dormaient dans des chambres superposées sur des échafaudages de cannes, et certains parvenaient à aménager des espaces secrets pour échapper aux corvées. Le passage entre le quartier français et le quartier espagnol par une fenêtre rappelle la proximité et la porosité de ces « nations » captives.
Source : « Qara Prison », Wikipedia, en ligne ; « Prison de Kara », Atlas Obscura, en ligne
« Il fut pris des Corsaires de Salé en l'année 1671 sur un Vaisseau de la Compagnie des Indes Occidentales qui allait à Cayenne » — La Compagnie française des Indes Occidentales, créée par Colbert en 1664, assurait le commerce avec les colonies d'Amérique, dont la Guyane. Ses navires, croisant au large des côtes marocaines, étaient des proies tentantes pour les corsaires de la République de Salé, cité-État pirate fondée par des Morisques expulsés d'Espagne. À son apogée, Salé armait des dizaines de navires qui opéraient jusqu'en Manche et même jusqu'en Islande, capturant des milliers d'Européens.
Source : « Republic of Salé », Wikipedia, en ligne ; « Compagnie française des Indes occidentales », Wikipedia, en ligne
« il s'acquit la faveur du Roi [...] ayant guéri Abdrahaman Fillély [...] que Mouley Mimon Ambarque avait fait Eunuque » — Le détail sidérant de la castration punitive d'un haut dignitaire -- le premier secrétaire du roi, mutilé pour avoir violé une fille confiée à sa garde -- révèle la brutalité des mœurs judiciaires à la cour marocaine. La pratique de l'émasculation était courante dans l'empire chérifien, tant pour punir que pour fournir des gardiens au sérail. Les eunuques, castrés avant la puberté, occupaient des postes de confiance dans les harems. Les jeunes captifs chrétiens étaient aussi menacés de ce sort, comme Moüette le rappelle plus loin dans le chapitre.
Source : « Les exécutions sanglantes de Moulei Ismaël et les captifs chrétiens », Hispania (Persée), 1933, en ligne
« le Révérend Père Lartigues, Religieux de la Merci, le racheta [...] en l'année 1676 » — L'Ordre de Notre-Dame de la Merci, fondé en 1218 à Barcelone par Pierre Nolasque avec le soutien du roi Jacques Ier d'Aragon et de Raymond de Penyafort, était entièrement voué au rachat des captifs chrétiens. Ses religieux collectaient des fonds à travers l'Europe, puis négociaient directement avec les autorités musulmanes le prix de chaque esclave. Le coût d'un rachat variait considérablement selon la profession du captif et la richesse présumée de sa famille -- un chirurgien comme Castel valait cher, ce qui explique la colère d'Abdrahaman quand il apprend sa libération.
Source : « Order of the Blessed Virgin Mary of Mercy », Wikipedia, en ligne ; « The Economics of the Barbary Corsair Enterprise », Corsairs & Captives, en ligne
« leur quatrième Vœu qui les rend les victimes de la charité, toujours prêts à mourir pour le prochain » — Ce quatrième vœu, unique dans l'histoire des ordres religieux, obligeait les Mercédaires à se constituer otages si l'argent du rachat venait à manquer, au péril de leur vie. Ce « vœu de sang » n'était pas théorique : saint Sérapion, l'un des premiers membres de l'ordre, fut crucifié par les musulmans après s'être livré en échange de captifs dont la rançon n'avait pu être réunie à temps. Entre 1218 et 1301, les Mercédaires auraient racheté plus de 11 600 captifs selon leurs propres archives.
Source : « The Fourth Vow - Going the Extra Mile », Order of Mercy, en ligne ; « Martyrdom and Charism », Order of Mercy, en ligne
« la sacrée Vierge apparut une même nuit au Roi d'Aragon, à Saint Pierre Nolasque et à Saint Raymond de Penafort » — Ce récit de triple apparition simultanée dans la nuit du 1er août 1218 constitue le mythe fondateur de l'Ordre de la Merci. Selon la tradition, la Vierge Marie serait apparue séparément à Pierre Nolasque, au dominicain Raymond de Penyafort et au roi Jacques Ier d'Aragon, leur ordonnant de fonder un ordre consacré au rachat des captifs. Le lendemain, les trois hommes se seraient retrouvés à la cathédrale de Barcelone, découvrant stupéfaits qu'ils avaient reçu la même vision. Pierre Nolasque, originaire du Lauragais, fut canonisé en 1628.
Source : « Apparitions de Notre-Dame de la Merci à Barcelone », La Porte Latine, en ligne ; « Pierre Nolasque », Larousse, en ligne
« il abandonna les intérêts de la terre pour choisir ceux du Ciel. Il prit l'habit dans le Couvent des Religieux de la Merci de Toulouse » — Le parcours de Guillaume Castel, chirurgien capturé devenu frère Joseph des Mercédaires, illustre un phénomène récurrent : d'anciens captifs qui, une fois libérés, entraient dans les ordres rédempteurs pour secourir ceux qu'ils avaient laissés derrière eux. Leur connaissance directe des bagnes et de la langue arabe en faisait des négociateurs précieux. C'est ainsi que Castel parvint à convaincre ses supérieurs de diriger la rédemption vers Meknès plutôt que vers Tripoli, où la majorité des voix penchait initialement.
Source : « The Redemptive Orders - Part 2 », Corsairs & Captives, en ligne ; « 800 Years of Freeing Captives », National Catholic Register, en ligne
« Tertullien appelait autrefois un genre d'hommes toujours prêts à mourir » — Moüette cite ici librement l'Apologeticum de Tertullien (vers 197 ap. J.-C.), texte fondamental de l'apologétique chrétienne dans lequel le théologien carthaginois défend les chrétiens persécutés par Rome. Le passage le plus célèbre de cet ouvrage affirme que « le sang des chrétiens est une semence » (semen est sanguis christianorum, chap. 50). En rapprochant les Mercédaires des premiers martyrs, Moüette élève le rachat des captifs au rang de témoignage suprême de la foi, un argument rhétorique puissant dans la France de Louis XIV.
Source : Tertullien, Apologeticum, chap. 50, texte latin disponible sur tertullian.org