Chapitre VI
Persécution d'Alcassar
Lorsque le Roi fut de retour à Mequinez, voyant que la Contagion continuait toujours, et craignant de perdre ses Captifs et avec eux les rançons qu'il en espérait, il nous fit tous appeler un jour et nous dit qu'il voulait donner la liberté à ceux qui pourraient trouver de l'argent.
Comme j'avais appris du Père Jean de Jésus Maria, Religieux Espagnol qui demeurait avec nous, que le sieur Messonnier, Marchand Français demeurant à Cadix (et qui trafiquait à Alcassar), lui avait écrit qu'il avait reçu ordre de Dom Pedro Catalan, Consul Français à Cadix, de fournir la somme de deux cents écus que le sieur Catalan donnait libéralement pour ma rançon, cela fit que je me présentai au Roi avec trente-cinq autres, du nombre desquels était mon cousin. Les uns lui promirent deux cents écus, les autres trois cents ou trois cent cinquante. Et il nous envoya à Alcassar[1] à Amar Hadou El-Haméinin, qui est Gouverneur et Vice-Roi des Algarbes d'Afrique[2], pour prendre soin de recevoir de l'argent de nous.
Nous y arrivâmes le 15 juin 1680. Mais Amar Hadou, voulant profiter sur nous, ne voulut point consentir à nous laisser aller pour les sommes que nous avions promises au Roi, et nous demanda à chacun mille écus. Voyant que nous ne les voulions pas donner, ce Barbare nous fit mettre deux grosses chaînes de dix-huit à vingt livres chacune, et attacher de deux en deux par une autre traversée. Dans cet état, il nous envoya travailler à des conduits souterrains qu'il faisait commencer pour évacuer dans la rivière les lieux communs[3] de toutes les maisons de la Ville.
Pendant près de trois mois, il ne nous donna plus que quatre onces de pain d'orge à chacun en vingt-quatre heures. Il nous donna douze Gardiens, ou plutôt douze bourreaux, qui nous accablaient de coups et nous disaient pour nous consoler que si nous ne donnions chacun les mille écus qu'on nous demandait, nous péririons tous misérablement sous leurs bâtons. Ces conduits achevés, on nous fit nettoyer tous les lieux communs et tous les fumiers de la Ville, dont nous portions les ordures dans des paniers de jonc où tout passait presque au travers et se répandait sur nous.
Nos Gardiens nous faisaient aller nus têtes la plupart du temps, et ne cessaient de nous donner des coups sitôt que nous arrêtions un moment. Afin de ne nous donner aucun lieu de nous reposer, ils se mettaient à vingt pas les uns des autres, et avec de grandes houssines de bois de grenadier ou de cognassier (qui est fort pesant), ils nous cinglaient les jambes et les épaules à chaque instant. Deux Anglais en peu de jours laissèrent la vie, et tout le reste fut réduit au plus pitoyable état du monde. Bien souvent l'Alcayde Amar nous venait voir au travail ; et lorsque nous lui demandions du pain, il nous disait en sa langue : Aben yneleb coul lehajar, manrnatatecum-chy tecobufit, hatta inatine elf de real loùhahet. Qui veut dire en Français : « Fils de chiens, mangez des pierres ; quant à moi, je ne vous donnerai point de pain autant qu'il vous en faut, que vous ne me donniez chacun mille écus. »
Un jour que la faim nous pressait davantage, nous nous jetâmes tous à ses pieds pour lui demander du pain, ou qu'il nous ôtât la vie s'il ne voulait pas le faire. Mais celui qui portait la parole, qui était Espagnol, eut par son ordre la tête cassée avec une houe ; et sans son beau-frère Hamadou qui intercéda pour lui, cet inhumain l'aurait fait achever.
La nuit on nous faisait descendre avec une échelle de corde dans une matamore très profonde, où nous souffrions toutes sortes d'incommodités, et où nous n'avions que le seul soulagement de nous pouvoir plaindre en liberté. Nous avions les jarrets tous coupés de la pesanteur de nos chaînes, et j'en ai vu qui avaient aussi bien que moi un doigt de chair entamée ; mais tout cela ne leur faisait point de pitié.
En ce temps, les Envoyés du Chevalier de Château-Renaud, Chef d'Escadre des Armées du Roi, arrivèrent à Alcassar pour y traiter la paix. Amar Hadou ne nous voulut jamais permettre de les voir, de crainte que nous ne leur fissions nos plaintes. Nous ne pûmes autrement leur faire savoir de nos nouvelles qu'en leur écrivant une Lettre que je fis, et qu'une Captive Française (qui faisait le pain que les Juifs fournissaient à ces Envoyés) trouva moyen de mettre au milieu d'un. Et lorsqu'ils l'ouvrirent, ils y trouvèrent cette Lettre qui leur apprenait le déplorable état auquel on nous tenait réduits. Ils offrirent en échange autant de Maures qu'ils avaient pris de Salé.
La femme dont je viens de parler, nommée Jeanne Solimeau, avait été prise avec son mari qui était Chirurgien et s'appelait Jean Prieur, sur un Vaisseau de la Rochelle nommé Le Samuel, où ils s'étaient embarqués en l'année 1678 pour aller aux Îles de l'Amérique. Ils demeurèrent à Fez pendant quatre années, d'où ils furent transférés à Mequinez pour avoir soin des Captifs qui tombaient malades. Lorsque le Roi nous envoya à Alcassar, le désir de la liberté leur fit offrir une somme de six cents écus pour les deux ; et comme ils n'avaient point d'argent, le mari pria le Roi de le laisser venir en France en chercher, à quoi il consentit. Mais l'Alcayde Amar ne le voulut pas permettre ; au contraire, il fit attacher le mari avec moi. Et quant à la femme, lui ayant aussi fait attacher deux chaînes, il la donna au Cheik des Juifs pour la faire travailler à moudre pour lui, et par ce moyen gagner sa nourriture.
De tous ceux que nous étions, il n'y eut que mon cousin qui fut heureux. Il fut pris à la dernière Audience de nos Envoyés pour leur servir d'interprète, au lieu d'un Juif qui les avait trompés dans toutes les Audiences précédentes qu'ils avaient eues. Il fit si bien valoir les raisons que les Envoyés avaient proposées à l'Alcayde Amar, et comme il y avait dans leur compagnie un Marchand de Marseille qui avait sa rançon, il plaida si bien sa cause auprès de cet Alcayde, et lui fit si bien entendre le long temps qu'il y avait qu'il était Captif et qu'il lui était impossible de donner les mille écus qu'il demandait, que l'Alcayde se laissant fléchir lui donna la liberté pour 100 écus, que le Marchand paya comptant. Il s'embarqua dans le Vaisseau du Chevalier de Château-Renaud, où il rencontra le Chevalier de Mont-Louet qui était fils de sa Marraine, qui lui donna aussitôt tout ce dont il eut besoin.
Cependant le Roi, se lassant de ne point voir venir l'argent de nos rançons, envoya à Alcassar Cid Celimen Quétip, son premier Secrétaire, pour le recevoir. Avec ordre, en cas que l'Alcayde Amar n'en eût point encore été payé, de lui faire payer de ses propres deniers quatorze mille écus à quoi elles se montaient ; ce qu'Amar fut contraint de faire.
Et lorsque le Secrétaire fut parti pour Mequinez, comme nous étions à lui, il nous fit dire dès le lendemain que nous n'avions qu'à nous préparer à la mort, ou à résoudre de lui donner mille écus chacun. Il nous envoya à une grande journée de la Ville creuser des fossés dans des campagnes de sablons ardents, où nous ne mangeâmes pendant huit jours que ce qui se rencontrait par hasard. Nous ne couchâmes que sur la terre au milieu de la campagne, même quoique nous eussions les fers aux pieds et que nous fussions attachés deux à deux, on nous mettait encore la nuit une grande chaîne qui nous attachait tous ensemble par le col.
Nos Gardiens impitoyables sollicitaient tous les jours quelques jeunes garçons qui étaient avec nous de se faire Renégats, mais en vain. Et quoique nous vissions bien que nous ne pouvions pas encore vivre plus de trois jours, car nous n'avions quasi plus de sang dans les veines et la peau collée sur les épaules, nous ne laissions pas de prier pour nos persécuteurs et de nous résigner entièrement aux ordres de la Divine Providence. Laquelle ne nous abandonna pas en cette extrémité ; car le Secrétaire qui était venu de la part du Roi à Alcassar, lui ayant rapporté les peines qu'on nous y faisait souffrir et inutiles à quoi on nous destinait, Mouley Seméin (qui nous croyait la plupart en liberté) se mit tellement en colère qu'il dépêcha à l'heure même quatre Noirs de ses Gardes pour aller à Alcassar prendre l'Alcayde Amar et le lui amener chargé de fers.
Ils y arrivèrent le 14 septembre, et ne lui donnèrent que le temps de monter à cheval, et laisser l'ordre de nous aller chercher. Nous partîmes trois jours après lui pour aller à Mequinez, où ayant été présentés au Roi, il nous trouva en un si pitoyable état qu'il demanda à l'Alcayde Amar si nous étions les Chrétiens qu'il lui avait envoyés. Ensuite, l'ayant fort blâmé, il nous dit qu'il ne voulait plus désormais nous envoyer à ses Gouverneurs pour payer nos rançons, mais que lorsque nous aurions de l'argent, nous le lui fassions assigner à Mequinez, et que nous en sortirions en liberté.
Ainsi Amar Hadou perdit son argent, ce qui ne fut pas une petite peine pour un avare comme lui, pour les tourments qu'il nous avait fait souffrir. Je n'ai pas rapporté cette persécution dans laquelle j'eus beaucoup de part afin d'en tirer de la vanité pour l'avoir surmontée avec la grâce de Dieu ; mais c'est seulement pour faire voir toutes les misères qui se sont passées de mon temps, et que les Captifs qui sont restés sont exposés tous les jours à souffrir, afin d'obliger le Lecteur d'avoir soin de les secourir.
Avant que de finir ce Chapitre, je dirai un mot de la ville d'Alcassar, que j'ai eu tout le loisir d'observer pendant trois mois que j'y ai demeuré. Car il n'y a point d'endroit dont j'aie tant de lieu de me ressouvenir, n'y en ayant point où j'aie tant souffert.
Cette ville, qui est la Capitale des Algarbes, fut fondée il y a fort longtemps par un Pasteur nommé Bacharou Rey. Elle est sur les bords de la Rivière de Loukkos du côté du Nord, dans un lieu Marécageux. Elle est éloignée de cinq lieues de Larache (qui est sur l'embouchure de la même Rivière), de trente lieues de Salé, de 15 de Mequinez, de 37 de Fez, de 15 de Tétouan, de 20 de Tanger et de 7 d'Arzila.
(L'on compte de Fez à Tafilalet 110 lieues, à Maroc 100 lieues, à Tétouan 60 lieues, à Taza 18 lieues, à Mequinez 12 lieues, à Salé 35 lieues ; de Salé à Azemmour 30 lieues, à Oualidia 40 lieues, à Safi 60 lieues, et à Agadir-Aguer ou Sainte-Croix 90 lieues.)
Il y a quantité de belles prairies aux environs d'Alcassar, de même que plusieurs Jardins qui sont sur les bords de côté et d'autre de la Rivière, qui les inonde aussi bien que la ville dans le temps des grandes pluies. Elle avait de vieux murs sans défense. Ses habitants sont tous gens ramassés qui n'ont aucune civilité pour les étrangers. Il peut y avoir 6000 Maisons assez mal bâties, avec quantité de Cabanes de Roseaux où demeurent les plus pauvres. Il y a quantité de Juifs qui demeurent autour du Palais du Prince Gayland, qui sert aujourd'hui de Magasin et de demeure au sieur Messonnier, Marchand de Cadix, qui y trafique ordinairement. Les grains, le beurre, la laine, le miel, les cuirs, la cire et les fruits y sont en abondance, ainsi que la viande.
Les Rivières de Taguedart et de Makhazine, qu'elle a au Nord, n'en sont pas fort éloignées. C'est sur cette dernière Rivière (qui se rend dans celle de Loukkos au-dessus de Larache) que le Roi Dom Sébastien de Portugal perdit cette grande bataille contre Mouley Abdelmelec, Roi de Fez et de Maroc, dans laquelle ces deux Princes perdirent la vie, et où périt la plus belle noblesse de Portugal qui accompagnait le Roi Dom Sébastien.
La ville d'Alcassar n'est considérable qu'à cause qu'elle a servi de séjour au Prince Gayland[4], qui l'avait usurpée avec toute la Province sur Ben-Bucar, Roi des Zaouïas son Seigneur. Il avait été son Général d'Armée contre les Barbares des Montagnes de Tétouan qui s'étaient rebellés contre lui, et desquelles, après les avoir vaincus et désarmés, Gayland s'en fit reconnaître Roi. Ben-Bucar, ayant su l'infidélité de Gayland, partit des Zaouïas avec une Armée pour venir contre lui. Il arriva en peu de jours sur les bords du fleuve de Sebou, où il rencontra Gayland qui était campé de l'autre côté et qui l'attendait de pied ferme. Ce qui obligea Ben-Bucar de s'en retourner sans rien faire.
Ce fut ce Prince Gayland qui donna ce fameux assaut à Larache, dont je parlerai dans les aventures de Dom Raphaël de Véras. Il fut vaincu par Mouley Archy dans une bataille, après la perte de laquelle il lui abandonna la Province avec les villes d'Alcassar, de Tétouan et Arzila pour se retirer à Alger. Il y demeura comme une personne privée jusqu'en l'année 1673, qu'il en fut rappelé par les habitants du pays. (C'était dans le temps que Mouley Seméin, Roi de Fez, était occupé au siège de Taza.) Il en fut reçu avec beaucoup de joie. Mais Mouley Seméin étant venu contre lui avec une armée, ils l'abandonnèrent lâchement dans la bataille où il fut tué, après avoir donné des marques d'une invincible valeur et après que cinq chevaux eurent été abattus sous lui. La tête lui fut coupée par un Noir qui la présenta à Mouley Seméin, lequel l'envoya incontinent à Mouley Achem son frère, Vice-Roi de Fez, comme une marque plus authentique de sa victoire.
Ainsi finit ce brave Prince après avoir fait mille actions héroïques. Il était Andalous de nation, c'est-à-dire descendant des Maures qui sortirent d'Espagne après la prise de Grenade. Il était fort bien fait de sa personne, et son regard était doux et affable envers tout le monde ; il portait une grande Moustache blonde, était bon soldat et grand Capitaine, issu de l'illustre famille des Zégris si renommée dans les guerres civiles de ce Royaume pour les différends qu'elle eut avec les Abencérages, ses irréconciliables ennemis.
Repères historiques
« le sieur Messonnier, Marchand Français demeurant à Cadix… Dom Pedro Catalan, Consul Français à Cadix » — Pierre de Catalan était bien consul de France à Cadix dans les années 1680. Sa correspondance avec Colbert, conservée aux Archives nationales, montre qu'il servait de relais financier et diplomatique pour les affaires franco-marocaines. C'est par ce réseau marchand de Cadix — plaque tournante du commerce avec l'Afrique du Nord — que transitaient les fonds destinés au rachat des captifs. Catalan fut deux fois expulsé de Cadix en raison des guerres franco-espagnoles (1673-1677, puis 1689-1698).
Source : Archives nationales, AE/B/I/211-214 ; Anne Mézin, « Les négociants français de Cadix », e-Spania, 2016 — https://journals.openedition.org/e-spania/25049
« il nous demanda à chacun mille écus » — Les rançons exigées par Amar Hadou étaient exorbitantes. Au XVIIe siècle, le rachat d'un captif au Maroc coûtait deux à trois fois plus cher qu'à Alger. Deux ordres religieux se consacraient à la collecte de fonds pour libérer les prisonniers chrétiens : l'Ordre de la Sainte-Trinité (fondé en 1198) et l'Ordre de Notre-Dame de la Merci. Moüette lui-même sera finalement racheté en 1681 par les Mercédaires. Les mille écus réclamés par le gouverneur représentaient une somme considérable, bien au-delà de ce que la plupart des familles de marins ou d'artisans pouvaient réunir.
Source : « Tétouan, place de rachat des captifs aux XVIe et XVIIe siècles », Cahiers de la Méditerranée — https://journals.openedition.org/cdlm/7207
« il nous fit mettre deux grosses chaînes de dix-huit à vingt livres chacune » — Les conditions décrites par Moüette à Ksar el-Kébir sont corroborées par d'autres témoignages de l'époque. Sous Moulay Ismaïl, on estime que plus de 25 000 captifs chrétiens étaient détenus à travers le Maroc, la plupart employés à la construction du gigantesque palais de Meknès, que le sultan voulait rivaliser avec Versailles. Les passages à tabac étaient quotidiens et les rations, infimes. Le récit de Moüette est l'une des sources les plus détaillées sur ces conditions.
Source : « Histoire : Le Maroc sous Moulay Ismail, prison à ciel ouvert pour les esclaves chrétiens », Yabiladi — https://www.yabiladi.com/articles/details/76618/histoire-maroc-sous-moulay-ismail.html
« on nous faisait descendre avec une échelle de corde dans une matamore très profonde » — Les « matamores » (de l'arabe matmura, « lieu d'enfouissement ») étaient des silos à grains souterrains reconvertis en cachots. La plus célèbre de ces prisons est celle de Kara à Meknès, vaste labyrinthe souterrain construit sous Moulay Ismaïl, qui pouvait contenir plusieurs milliers de prisonniers. Son nom viendrait d'un captif portugais, Kara, qui aurait obtenu sa liberté en échange de sa construction. On peut encore la visiter aujourd'hui.
Source : « Prison de Kara », Wikipédia — https://fr.wikipedia.org/wiki/Prison_de_Kara
« les Envoyés du Chevalier de Château-Renaud, Chef d'Escadre des Armées du Roi, arrivèrent à Alcassar pour y traiter la paix » — François-Louis Rousselet, marquis de Château-Renaud (1637-1716), était alors chef d'escadre depuis 1673. En 1680, Louis XIV lui confia le blocus de Salé avec six vaisseaux pour forcer Moulay Ismaïl à négocier la libération des captifs français et un traité de paix. Château-Renaud poursuivit ensuite une carrière éclatante : lieutenant général des armées navales, vainqueur à Bantry Bay (1689) et à Lagos (1693), il finit vice-amiral et maréchal de France en 1703.
Source : « François Louis Rousselet de Châteaurenault », Larousse — https://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Château-Renault/113056
« une Captive Française… trouva moyen de mettre [la lettre] au milieu d'un [pain] » — L'épisode de la lettre cachée dans un pain par Jeanne Solimeau illustre les réseaux de résistance informels que les captifs tissaient malgré la surveillance. Les femmes captives jouaient un rôle crucial dans ces communications clandestines, car elles circulaient plus librement que les hommes enchaînés. Le couple Prieur-Solimeau, chirurgien et sa femme capturés sur le navire rochelais Le Samuel en 1678, montre que la course barbaresque frappait aussi les passagers civils en route vers les colonies d'Amérique.
Source : Germain Moüette, Relation de la captivité, Paris, 1683 ; « Germain Moüette, récit d'un captif français », Yabiladi — https://www.yabiladi.com/articles/details/86372/germain-mouette-recit-d-un-captif.html
« le Roi Dom Sébastien de Portugal perdit cette grande bataille contre Mouley Abdelmelec » — La bataille dite « des Trois Rois », livrée le 4 août 1578 au bord de l'oued Makhazine près de Ksar el-Kébir, est l'un des événements les plus marquants de l'histoire ibéro-marocaine. Trois souverains y périrent : le roi Sébastien Ier de Portugal, le sultan déchu Mohammed el-Moutawakkil et le sultan régnant Abd el-Malik. La défaite anéantit la fine fleur de la noblesse portugaise (15 000 morts, 20 000 prisonniers) et provoqua l'annexion du Portugal par l'Espagne en 1580. Elle donna aussi naissance au « sébastianisme », mythe messianique selon lequel le jeune roi reviendrait un jour sauver sa nation.
Source : « Bataille des Trois Rois », Wikipédia — https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_des_Trois_Rois ; « 4 août 1578 », Herodote.net — https://www.herodote.net/almanach-ID-1485.php
« issu de l'illustre famille des Zégris si renommée dans les guerres civiles de ce Royaume » — Les Zégris (ou Zéghris) et les Abencérages étaient deux grandes factions rivales du royaume nasride de Grenade au XVe siècle. Leurs querelles sanglantes, entre 1480 et 1492, affaiblirent le dernier bastion musulman d'Espagne et facilitèrent la Reconquista. La légende d'un massacre de trente-six Abencérages par le roi Boabdil, popularisée par l'écrivain Ginés Pérez de Hita, a inspiré Chateaubriand dans Les Aventures du dernier Abencérage (1826). Que Moüette rattache Ghaïlan aux Zégris montre combien ces lignages andalous restaient prestigieux au Maroc, un siècle et demi après la chute de Grenade.
Source : « Abencérages », Wikipédia — https://fr.wikipedia.org/wiki/Abencérages
« Cette ville… est sur les bords de la Rivière de Loukkos… dans un lieu Marécageux » — Le caractère marécageux de Ksar el-Kébir, noté par Moüette en 1680, reste d'une actualité frappante. La ville, située dans la plaine alluviale du Loukkos à pente quasi nulle, subit régulièrement des inondations catastrophiques. En février 2026, plus de 54 000 habitants ont dû être évacués après une crue majeure du fleuve. Les causes structurelles — envasement du lit, drainage des zones humides, urbanisation — perpétuent une vulnérabilité que Moüette avait déjà observée il y a trois siècles et demi.
Source : « Ksar El Kébir : plus de 54 000 habitants déjà évacués », Le Petit Journal Marocain, 3 février 2026 — https://www.lepetitjournalmarocain.com/2026/02/03/maroc-ksar-el-kebir-plus-de-54-000-habitants-deja-evacues/