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Chapitre XII

Histoire de Dom Louis Gonzalez Portugais, qui a demeuré trente années Captif.

Dom Louis était de ces illustres Hidalgos que les Rois de Portugal honorent de l'ordre du Christ, pour les périls où ils s'exposent dans les Places qu'ils possèdent sur les côtes d'Afrique. Il était natif, issu de ceux qui conquirent Tanger, où il exerçait la charge d'Alférez Major, ou Enseigne Colonel de la Cavalerie de cette Place.

Un matin que c'était à son tour d'aller poser les Sentinelles hors de la ville, il sortit avec trois Cavaliers qu'il plaça aux lieux ordinaires. Il voulut ensuite égayer son Cheval qui s'écarta un peu plus loin qu'il ne devait aller ; et comme il faisait un peu de brouillard, il n'aperçut pas une embuscade de Maures, qui lui tirèrent un coup de fusil qui tua son Cheval. Au même instant qu'ils le virent tomber en terre, ils coururent sur lui, le saisirent, puis ils le lièrent et le garrottèrent bien, et dans la compagnie de quatre Arabes ils l'envoyèrent à Alcassar.

Mahamet l'Ayachy commandait dans cette ville, et dans toutes les Algarbes[1] pour le Ben-Bucar, qui régnait alors seul dans ces Provinces et quasi dans tout le Royaume de Fez. Après avoir bien vêtu Dom Louis, il l'envoya aux Zaouïas où demeurait son Prince pour lui en faire un présent.

Dom Louis rencontra à son arrivée un Portugais natif de Coimbra, appelé Francisco Albares, qui était le Directeur des grains du Ben-Bucar. Ils firent amitié ensemble, et par son moyen il trouva sa captivité plus douce qu'il n'aurait pas fait. Francisco était aimé du Prince, qui était fort humain et qui lui donnait toute liberté d'aller et de venir selon qu'il lui semblait bon. Il menait Dom Louis à la chasse dans les Montagnes, visiter les Cheiks ou Seigneurs du pays, chez lesquels ils étaient bien souvent trois et quatre jours sans retourner au Palais.

Comme il n'était âgé que de vingt-cinq ans, et d'ailleurs qu'il avait bonne mine, la Fille du Cheik des montagnes d'Ourika[2], à sa première vue, commença d'avoir de la bienveillance pour lui. Pendant qu'il fut chez son Père, elle lui fit connaître par ses regards affectés qu'il ne lui était pas indifférent ; et lorsqu'il fut prêt à partir pour s'en retourner, elle lui parla à secret et lui donna une très belle écharpe de soie verte du prix de douze écus, en le priant de la conserver en mémoire du bien qu'elle lui souhaitait. Dom Louis la remercia fort civilement et fort galamment, et la pria de croire qu'il avait un cœur qui n'était pas assez ingrat pour oublier de si singulières faveurs.

Au bout de quelques mois, Dom Louis qui pensait toujours à la belle de l'écharpe, et qui en avait encore reçu tout récemment quelques présents de fruits, persuada Francisco d'y retourner ensemble. Mais avant de partir, il voulut lui porter un présent en échange des siens. Pour cet effet il parla à quelques Juifs qui avaient des correspondances à Salé, lesquels lui firent venir un Miroir assez beau, quatre grands Peignes d'ivoire, deux étuis à Ciseaux fins, avec trois Chemises de toile de Hollande.

Étant retourné vers sa belle avec Francisco, ils furent mieux reçus que la première fois du Cheik et de sa famille. Notre Chevalier Portugais donna au Cheik et à sa femme deux des chemises, chacun un peigne à deux de leurs fils, et le reste à la fille. Et dès le lendemain matin, Francisco, le Cheik et ses fils allèrent à la chasse après avoir déjeuné. Dom Louis qui avait été attaqué la nuit d'une violente colique fut bien aise d'être exempt de suivre les autres, et de demeurer au logis avec la Mère et la Fille qui lui tinrent bonne compagnie. Après l'avoir remercié de ses présents, elles lui témoignèrent qu'elles avaient un regret très sensible de le voir engagé dans une Religion qui les empêchait de lui donner des preuves plus amples de leur bienveillance, et que s'il voulait l'abandonner pour embrasser la leur, que la fille (qui était un des meilleurs partis du pays) deviendrait son épouse.

Dom Louis leur répondit avec tous les témoignages de reconnaissance possibles. En s'excusant sur le changement de sa Religion, il leur dit que rien n'égalait son affection pour la fille, et qu'il serait toujours prêt de la lui faire connaître lorsqu'elle en voudrait avoir quelques preuves qui fussent plus convaincantes. Ce discours ne les contentant pas trop, on passa à d'autres matières. On s'entretint tout le reste du jour de la façon de vivre des Femmes en Europe (dont la fille du Cheik approuva fort les libertés), mais la nuit et le retour de ceux qui étaient allés à la chasse rompit la conversation.

Le Combat avec la Lionne

Le jour suivant, Francisco dit au Cheik qu'il voulait aller voir un autre Cheik qui demeurait à trois lieues d'Ourika. Après avoir bien déjeuné, il leur donna le plus jeune de ses fils pour les accompagner. S'étant mis en chemin avec leurs fusils, ils avaient déjà fait plus d'une lieue lorsque Dom Louis aperçut quelques Sangliers qui passaient sur un Coteau. Il alla à leur suite, et quand il en fut tout proche et prêt de les tirer, il aperçut sous un Rocher qui était sur le bord d'une petite Rivière (qui était mitoyenne entre lui et les Sangliers) une grande Lionne qui donnait à têter à trois jeunes Lionceaux.

La Lionne ayant aperçu Dom Louis commença à rugir et à quitter ses petits pour courir après lui. Mais il fut assez diligent pour gagner une Colline, où il monta sur un Arbre qu'il y trouva fort à propos. La Lionne arriva sous l'Arbre presque au même temps qu'il venait d'y monter. Elle s'assit au pied de cet Arbre en poussant des rugissements effroyables, qui firent croire aux deux autres qu'elle dévorait leur Compagnon. C'est pourquoi, sans s'en informer davantage, ils l'abandonnèrent pour s'en retourner d'où ils étaient venus.

Cependant Dom Louis, qui était en balance s'il tirerait sur la Lionne ou s'il attendrait qu'elle se retirât d'elle-même, s'y résolut enfin. Il mit trois Balles dans son Fusil, qu'il tira sur elle et lui rompit les reins. Cette bête se sentant blessée redoubla ses rugissements, et Dom Louis lui mit derechef trois Balles dans la tête qui la firent tomber. Voyant qu'elle avait perdu tout son Sang et qu'il y avait fort longtemps qu'elle ne remuait plus, il crut qu'elle était morte. Et descendant de l'Arbre afin de s'en aller, comme elle avait encore de la vie, elle allongea une griffe qui le prit par un pied et le fit tomber par terre. Elle lui déchira toute la Jambe jusqu'à l'os, dont il lui resta de profondes cicatrices que j'ai vues. Et s'il ne s'était relevé promptement, et qu'il eût donné le temps à la Lionne de l'attirer à elle, cette Bête farouche l'aurait dévoré, encore qu'elle eût les reins rompus et la tête toute fracassée. Il banda sa plaie avec un mouchoir, et appela ses Compagnons pour le secourir ; mais ils s'en étaient allés, d'autant qu'ils avaient cru qu'il avait été dévoré. Le Cheik fut fort fâché de cette disgrâce, et sa Fille en parut inconsolable, cachant sa douleur sur le ressentiment que le Ben-Bucar pourrait avoir de cet accident.

Nouvelle capture et arrivée à Tafilalet

Dom Louis, voyant qu'ils l'avaient abandonné, marcha vers le lieu d'où il croyait être venu. Mais c'était toute une autre route, au bout de laquelle il trouva trois chemins différents. Si bien que ne sachant lequel prendre, et ne pouvant pas marcher plus loin, il se reposa en ce lieu en attendant que quelque Barbare passât pour le mener à Ourika. Il resta toute la journée sans voir personne, excepté vers le soir, qu'une Caffile[3] d'Arabes de Tafilalet qui retournait en son Pays, l'ayant fait monter sur un Chameau, l'emmena avec elle (quoiqu'il dit qu'il était au Prince Ben-Bucar), dont les Maures le présentèrent à Mouley Cherif, Roi de ce Royaume.

Puisque nous voici à Tafilalet, je crois qu'on ne trouvera pas mauvais que je m'éloigne un peu de mon sujet pour en dire quelque chose, comme j'ai commencé de faire des autres lieux dont j'ai déjà parlé.

La ville est bâtie sur le fleuve du même nom, qui le donne aussi à tout le pays. Elle est dans la Province connue anciennement sous le nom de Bled el-Djerid[4]. Elle n'est pas de grande importance, et a plus la mine d'une de nos grandes Bourgades que d'une ville Royale. Ses Murs sont quasi tout en ruine, de même que le Palais des Rois. Son terroir est infertile pour les Semences ; il n'y vient qu'un peu d'orge qu'on y sème dans le temps des pluies. Il y a grande quantité de Palmiers qui donnent de bonnes Dattes, et les bords du fleuve sont couverts de Forêts de ces Arbres. Lorsque les Mâles sont fleuris, les Maures prennent de cette fleur et la portent au sommet des Femelles où ils l'entent ; et s'ils ne le faisaient pas, ces Palmiers ne donneraient point de fruits.

Les Provinces qui en dépendent sont Sara, Draâ et Tuat ; avec les peuples qui habitent au pied des Montagnes d'Atlas sur les Rivières de Ferquela, de Guerizi, de Touguedout, de Sedrat, de Mougouna, d'Hadet, de Todgha[5] et de Saghro[6]. Il y a quantité de Châteaux dans ce Pays où se retirent les Chérifs qui en sont les Seigneurs. Les Chameaux et les Autruches servent d'aliment aux Arabes, de même que leurs Dattes, et les chaleurs du Soleil y sont excessives en toutes saisons excepté lorsqu'il y pleut. L'Eau qui y est très rare fait que les habitants boivent la plupart du lait de Chameaux. Ils sont vaillants et hauts à la main, de haute taille, secs et basanés. Ce Pays est le lieu originaire de Mouley Archy, et de Mouley Seméin son frère Roi de Fez et de Maroc qui règne aujourd'hui ; lequel en est aussi souverain, et où il a établi pour Vice-Roi Mouley Meherez, l'aîné de ses fils.

L'esclave du futur Roi

Pour revenir à Dom Louis, Mouley Cherif, au lieu de savoir gré aux Arabes de leur présent, trouva mauvais qu'ils eussent dérobé un Esclave qui appartenait à Ben-Bucar. Il commanda aussitôt de le mettre prisonnier, et qu'il fût renvoyé à son Maître. Mais les Princes ses fils qui n'avaient point d'Esclaves Chrétiens, et qui voyaient que celui-ci était fort bien fait, conjurèrent leur Père de le retenir et d'envoyer à Ben-Bucar un présent de Dattes en échange de Dom Louis ; ce qu'il fit pour leur complaire.

Comme chacun le voulait avoir pour son service, Mouley Cherif les fit tous tirer au sort. Et Mouley Seméin (le plus jeune de tous, n'étant alors âgé que de trois ans) l'emporta sur ses autres frères.

Notre Esclave, qui l'avait continuellement dans ses bras, gagna peu à peu l'affection de ce petit Prince. Et elle s'augmenta tellement à mesure qu'il crut en âge, qu'il le voulait toujours avoir à sa suite. Étant devenu plus grand, il obtint de son Père que les Juifs de Tafilalet donneraient à Dom Louis tout ce qu'il aurait besoin, et même fit faire défense par toute la ville qu'aucun habitant n'eût à lui rien dire, ni lui faire le moindre déplaisir.

Après la mort de Mouley Cherif, Mouley Mahamet qui lui succéda l'ôta au Prince son frère pour le faire servir dans son Écurie, où pendant le temps qu'il y demeura, il vit les deux rébellions que Mouley Archy fit contre le Roi son frère qui était son aîné. La mort de ses Confédérés, qui eurent les jarrets coupés et furent traînés ensuite à la queue de quelques Mules, avec la rupture de la dernière prison de ce Prince.

Mouley Archy, après la mort du Roi son frère, s'étant emparé des Royaumes de Tafilalet et de Fez, donna notre Esclave à Mouley Aran son aîné, qu'il laissa pour Vice-Roi dans Tafilalet ; et quoique Mouley Seméin (son cadet qu'il emmenait avec lui) fît tout son possible pour l'avoir à sa suite, il ne le put jamais obtenir. Et pour le contenter le Roi lui dit qu'ils allaient dans un pays où les Chrétiens n'étaient pas rares, et qu'il lui en donnerait plusieurs autres tous Jeunes.

Mouley Aran employa Dom Louis au service du Sérail, où dès lors il commença de lui laisser croître la Barbe. Laquelle étant devenue assez grande et commençant déjà à blanchir, les Arabes de la Campagne qui le rencontraient vêtu à la mode du pays le prenaient pour un Morabite. Quand il allait par les chemins, ils s'approchaient de lui, lui baisaient les mains et les pieds en lui demandant sa bénédiction ; ce que Dom Louis ne leur refusait pas lorsqu'il les rencontrait seul à seul.

Il demeura en cet état jusqu'à l'arrivée de Mouley Seméin à Tafilalet, où Dom Louis (ayant su les nouvelles de son approche) fut deux journées de chemin au-devant de lui. Sitôt que le Roi l'aperçut venir, il le fit approcher de sa personne, lui mit la main sur la tête pour marque de son amitié, et lui demanda ensuite des nouvelles de sa santé, et s'il était encore Chrétien. Dom Louis, qui ne manquait pas d'esprit, lui répondit que sa santé était très bonne, mais s'il lui plaisait il la pouvait rendre meilleure en lui donnant la liberté, afin qu'il pût aller dans son pays professer plus saintement la Religion qu'il avait conservée tant de temps dans le sien.

Le Roi s'étant mis à sourire lui fit donner vingt ducats d'or, et lui dit d'aller attendre son retour à Mequinez, où après qu'il y serait arrivé, il reconnaîtrait les services qu'il lui avait rendus dans sa jeunesse, en l'envoyant finir ses jours dans son pays. De fait le Roi ne manqua pas de lui tenir parole, et lui donna la liberté la trentième année de son esclavage. Et parce qu'il vint à Mequinez où il demeura avec les autres Esclaves de sa nation, j'appris de lui-même tout ce que je viens de raconter.


Reperes historiques

« ces illustres Hidalgos que les Rois de Portugal honorent de l'ordre du Christ, pour les périls où ils s'exposent dans les Places qu'ils possèdent sur les côtes d'Afrique » — L'Ordre du Christ, heritier direct des Templiers dissous en 1312, fut recree au Portugal en 1319 par le roi Denis Ier. Au XVIIe siecle, les statuts de 1627 exigeaient trois ans de service en Afrique ou dans la flotte pour etre admis dans l'Ordre. Tanger, possession portugaise depuis 1471, etait l'un de ces postes avances ou les chevaliers gagnaient leurs eperons. La garnison y menait une existence precaire, constamment menacee par les tribus voisines, jusqu'a la cession de la ville a l'Angleterre en 1661.

Source : « Ordre du Christ (Portugal) », Wikipedia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Ordre_du_Christ_(Portugal)

« une embuscade de Maures, qui lui tirerent un coup de fusil qui tua son Cheval » — Les environs de Tanger etaient un terrain de guerilla permanente. Le Portugal, affaibli par soixante ans d'union avec l'Espagne (1580-1640) et par ses guerres coloniales contre les Hollandais, ne pouvait plus entretenir correctement ses garnisons nord-africaines. Les sorties hors les murs pour poser des sentinelles etaient l'un des moments les plus dangereux : les cavaliers maures pratiquaient l'embuscade avec une redoutable efficacite, capturant des soldats qu'ils revendaient ou offraient en cadeaux aux princes locaux.

Source : « Portuguese Tangier », Wikipedia, https://en.wikipedia.org/wiki/Portuguese_Tangier

« la Fille du Cheik des montagnes d'Ourika [...] lui donna une tres belle echarpe de soie verte » — La vallee d'Ourika, a une trentaine de kilometres au sud de Marrakech, etait peuplee de tribus berberes dont le nom meme — Urika — remonte a la dynastie almohade. Dans ce monde montagnard, les femmes berberes jouissaient d'une liberte de parole et de mouvement bien plus grande que dans les villes. L'echarpe de soie verte, d'une valeur de douze ecus, representait un present considerable, le vert etant en outre la couleur du Prophete et donc un symbole de tres haute estime.

Source : « Ourika Valley », Wikipedia, https://en.wikipedia.org/wiki/Ourika_Valley

« il apercut sous un Rocher [...] une grande Lionne qui donnait a teter a trois jeunes Lionceaux » — Le lion de l'Atlas (Panthera leo leo), aussi appele lion de Barbarie, peuplait encore abondamment les montagnes du Maroc au XVIIe siecle. Cette sous-espece, reconnaissable a sa criniere noire et epaisse, ne s'est eteinte a l'etat sauvage qu'au milieu du XXe siecle — le dernier specimen aurait ete abattu vers 1942 a Taddert dans le Haut Atlas. Il en subsiste moins d'une centaine en captivite, notamment au zoo de Rabat. Le recit de Mouette est donc un temoignage precieux d'une epoque ou croiser une lionne avec ses petits dans l'Atlas n'avait rien d'exceptionnel.

Source : « Lion de l'Atlas », Wikipedia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Lion_de_l%27Atlas

« une Caffile d'Arabes de Tafilalet qui retournait en son Pays [...] l'emmena avec elle » — Le Tafilalet etait alors le berceau de la dynastie alaouite, celle-la meme qui regne encore au Maroc aujourd'hui. Moulay Cherif, mentionne par Mouette, est considere comme le fondateur de cette dynastie. Ses descendants — dont Moulay Rachid puis Moulay Ismail — allaient unifier le Maroc et en faire une puissance regionale. Les caravanes (caffles) qui circulaient entre le sud saharien et les villes du nord etaient les arteres vitales de ce royaume en construction.

Source : « Alawi dynasty », Wikipedia, https://en.wikipedia.org/wiki/Alawi_dynasty

« Mouley Semein (le plus jeune de tous, n'etant alors age que de trois ans) l'emporta sur ses autres freres » — Ce « petit prince » de trois ans n'est autre que le futur Moulay Ismail, l'un des plus celebres sultans du Maroc, qui regnera de 1672 a 1727 — soit cinquante-cinq ans. Surnomme le « Roi Soleil du Maroc », il fera de Meknes sa capitale, y construira un palais rivale de Versailles, et entretiendra une armee de 150 000 esclaves noirs. L'image de Dom Louis le portant dans ses bras comme enfant est saisissante quand on sait quel souverain redoutable il deviendra.

Source : « Ismail Ibn Sharif », Wikipedia, https://en.wikipedia.org/wiki/Ismail_Ibn_Sharif

« Lorsque les Males sont fleuris, les Maures prennent de cette fleur et la portent au sommet des Femelles ou ils l'entent » — Mouette decrit ici la pollinisation manuelle du palmier dattier, une technique agricole vieille de plusieurs millenaires. Les plus anciennes representations connues figurent sur des bas-reliefs assyriens datant de pres de 3 000 ans. Au Tafilalet, cette pratique s'accompagnait de paroles sacrees et de chants rituels destines a assurer une bonne recolte. Elle se transmet encore aujourd'hui de generation en generation dans les oasis du sud marocain, meme si les techniques modernes commencent a la supplanter.

Source : « Phoeniciculture : Pollinisation du palmier-dattier », Agriculture du Maghreb, https://www.agri-mag.com/2017/06/19/phoeniciculture-pollinisation-palmier/

« sa Barbe [...] commencant deja a blanchir, les Arabes de la Campagne [...] le prenaient pour un Morabite » — Qu'un esclave chretien puisse etre pris pour un marabout (saint homme musulman) en dit long sur la fluidite des identites dans le Maroc du XVIIe siecle. Les marabouts, veneres pour leur baraka (benediction divine), recevaient baisers sur les mains et les pieds en signe de devotion. Dom Louis, loin de refuser ces hommages, les acceptait quand il etait seul — un pragmatisme de survie qui montre combien les frontieres entre les mondes chretien et musulman etaient parfois poreuses dans la vie quotidienne des captifs.

Source : « Les captifs europeens en terre marocaine aux XVIIe et XVIIIe siecles », Cahiers de la Mediterranee, https://journals.openedition.org/cdlm/45


  1. Algarbes : le Gharb, région du nord-ouest du Maroc. ↩︎

  2. « Vrica » dans l'original, aujourd'hui Ourika, vallée au sud de Marrakech dans le Haut Atlas. ↩︎

  3. Caffile : caravane. ↩︎

  4. « Belidulgeïid » dans l'original, désignant le Bilad al-Jarid (pays des palmes). ↩︎

  5. « Toudega » dans l'original, aujourd'hui les gorges du Todgha (ou Todra). ↩︎

  6. « Sagaro » dans l'original, aujourd'hui le Djebel Saghro. ↩︎