Traité de Commerce
Description des Villes Maritimes, des Marchandises et des Précautions nécessaires.
Comme le Commerce est ce qui amène l'abondance et les richesses dans un État, depuis que la France s'y est appliquée, elle a surpassé en grandeur et en magnificence tous les autres Royaumes de l'Univers. Ses Marchands, que la Navigation a conduits dans toutes les parties du monde, l'ont rendue si abondante de toutes les choses qui lui étaient auparavant inconnues, que nous pouvons dire avec juste raison que nous possédons généralement tout ce que les autres Nations n'ont qu'en particulier.
Nous devons tous ces grands biens au zèle infatigable et au sublime et vaste génie de Monseigneur Colbert[1], dont la vigilance, l'exactitude, la prudence et les merveilleux talents l'ont fait fleurir dans tout le Royaume. Sans les soins qu'il y a donnés, nous serions encore aujourd'hui aussi dépourvus que jamais de plusieurs choses nécessaires dont nos Pères ont été privés. Car ce sage et très éclairé Ministre, non content de nous faire apporter les choses les plus éloignées, a encore bien voulu pénétrer dans les secrets de nos voisins pour nous rendre familières et à juste prix (par le grand nombre de Manufactures qu'il a établies) ce que nous ne pouvions tirer de chez eux qu'avec des sommes immenses. Ainsi c'est à sa sage conduite que la France est redevable de sa pompe et de la multiplicité des Arts qui la rendent aujourd'hui la partie du monde la plus heureuse et la plus abondante.
Or comme la Barbarie est un pays des plus fertiles de la Terre, et que les Royaumes de Fez et de Maroc (qui en sont les plus belles et les plus agréables parties) en sont aussi les plus riches et ceux où le Commerce se peut le mieux établir, j'ai cru que la paix que notre grand et invincible Monarque a bien voulu donner à ces peuples africains, et la ratification qu'ils en ont faite, nous donnant un libre accès d'aller chez eux pour en tirer ce qui nous sera le plus utile, et pour leur porter ce que nous avons de superflu, je ne ferais pas une chose désagréable au Lecteur d'expliquer dans ce Chapitre les choses qui concernent le trafic ; et qu'au contraire, il me saura gré de n'avoir pas omis une chose si utile et si importante.
Les Villes Maritimes
Avant que de parler des Marchandises que l'on tire de ces Royaumes et que l'on y transporte, il ne sera pas hors de propos de nommer les Villes maritimes où les Vaisseaux abordent et où nos Marchands s'établissent, et de déclarer les circonspections qu'il faut observer, tant envers les Gouverneurs que les Habitants des mêmes Villes.
- Tétouan[2] : Elle est sur la Mer Méditerranée, à sept lieues du Détroit de Gibraltar. L'on y entre par une petite Rivière appelée Martin, qui est fermée au-dehors par un banc de sable assez incommode, d'autant qu'il faut nécessairement que les Barques et petits Vaisseaux qui y viennent trafiquer vident à leur entrée et à leur sortie toutes leurs Marchandises. Les plus grands Vaisseaux demeurent à la Rade, d'où bien souvent le vent d'Est les contraint de se retirer à Gibraltar ou à Tanger pour se mettre à l'abri de son impétuosité.
- Arzila : C'est une petite Ville bâtie sur un Rocher au bord de la Mer, au pied duquel est une anse qui lui sert de Port, pour servir à retirer quelques Bateaux de Pêcheurs et quelques petits Vaisseaux marchands qui y négocient.
- Alcassar[3] : Qui en est éloigné de 7 lieues, est bâti sur le bord de la Rivière de Loucous[4], à cinq lieues au-dessus de la Ville de Larache, qui en défend l'embouchure, à cause qu'elle est occupée par les Espagnols. La Rivière de Taguedarte, qui est à douze lieues au Nord, sert d'abord aux Barques Provençales et aux autres petits Vaisseaux qui y viennent trafiquer, d'où l'on fait transporter à Alcassar sur des Chameaux et sur des Mules toutes les marchandises des Négociants qui y tiennent leurs magasins.
- La Mamora[5] : Qui est à l'entrée du fleuve de Sebou, est bâtie sur une éminence. Cette Place fut prise par Mouley Seméin sur les Espagnols en l'année 1681, qui ne voulurent pas la défendre. C'est le lieu le plus commode pour le Commerce de tout le Royaume de Fez ; le Fleuve est très profond et peut recevoir des Navires chargés du port de 300 Tonneaux. Et afin de l'y établir, le Roi de Fez, à ce que me dirent les gens de la suite de le Hache Mahamet Tummin son Ambassadeur, y faisait bâtir deux Villes des deux côtés du Fleuve, et aussi à dessein d'y faire retirer ses Corsaires, à cause qu'ils y seront voisins d'une belle et grande Forêt, et de la Province des Algarbes, qui est très abondante de toutes les choses nécessaires à la vie.
- Salé : C'est le lieu où résident les Consuls Français, Anglais et Hollandais, avec les Marchands Chrétiens et les Juifs qui viennent d'Europe. C'est dans cette Ville où s'est fait jusqu'à ce jourd'hui le principal Commerce de ce pays. L'entrée de la Rivière de Guérou[6], sur laquelle elle est bâtie, est passablement bonne, quoiqu'il y ait un banc de sable qui change souvent de lieu, surtout lorsque les vents d'Ouest et de Nord-Ouest soufflent avec impétuosité.
- Azemmour : Qui est éloignée de trente lieues au Sud de Salé, sur l'embouchure du Fleuve de Marbéa[7], n'est pas de grand négoce à cause d'un banc de sable qui le ferme presque entièrement au dehors, ce qui fait qu'il n'y peut entrer que des Barques.
- Safi[8] : Qui est encore trente lieues plus au Sud d'Azemmour, et directement sur le bord de la Mer, à l'entrée du Fleuve de Goudet, est aussi considérable que Salé pour le Commerce.
- Agader Aguer, ou Sainte-Croix[9] : Qui dépend de la Principauté de Souss, et qui est sous la domination de Mouley Hamet Méhérès, qui en est le Souverain, surpasse toutes ces autres Villes, à cause que les Marchandises que l'on en tire sont plus exquises et de plus grand débit en Europe.
Voilà les Ports où nos Marchands s'établissent, et où ils tiennent leurs magasins pour vendre leurs marchandises en gros aux Maures et aux Juifs, qui les envoient à leurs associés qui sont dans les Villes de Fez, Meknès, Maroc, Taroudant et d'Illec[10], qui en sont les Capitales. Ceux-ci en font transporter une bonne partie dans les Provinces du Royaume de Tafilalet, comme Sara, Dras et Touet ; d'où ils tirent des dattes, des plumes d'Autruches, de l'indigo, et de l'or en poudre, qu'ils appellent tibir.
La Friponnerie de certains Marchands
Les Consuls et les Marchands dont je viens de parler s'enrichissent la plupart du butin que les Corsaires font sur les Chrétiens, desquels ils l'achètent à vil prix pour le renvoyer en Europe, où ils gagnent le quadruple dessus ; j'entends de celui qui n'est pas utile dans le pays, comme sont la plupart des marchandises qu'on envoie à l'Amérique, des Vins, Eaux-de-vie, Bières, Oranges, Huiles, Chairs et Poissons salés, et plusieurs semblables.
Ces Marchands négocient la plupart avec les rançons qui leur sont envoyées pour le rachat des Esclaves ; ce qui est si véritable, que j'ai vu des Renégats qui m'ont assuré que de semblables Marchands qui avaient reçu leurs rançons plus de 5 ans avant qu'ils reniassent, ne le leur avaient déclaré qu'après qu'ils avaient renié ; qu'il avait fallu qu'ils eussent eu recours à la Justice pour se faire donner leur argent, avec lequel ils s'étaient depuis rendus libres. Car ces méchants hommes aiment mieux se faire contraindre de cette sorte, que de renvoyer l'argent à ceux qui le leur ont livré ; parce que par là ils évitent de payer l'intérêt pour le temps qu'ils l'ont gardé, et se font encore payer du tant pour cent qu'on leur avait promis pour leurs assurances : ils allèguent ensuite aux parents de ces Renégats, qu'ils n'ont renié que pour se rendre par ce moyen maîtres de leurs rançons.
Mais à cause qu'ils en usent encore de même tous les jours envers les pauvres Captifs, au soulagement desquels je sacrifie tout ce travail, et que je sais la manière damnable avec laquelle ces Marchands agissent avec eux, je suis bien aise de la déclarer en ce lieu, parce que cela est fort fréquent, et se pratique à la honte du nom Chrétien : afin que ceux qui auront à l'avenir des parents dans la Barbarie se servent des moyens que je vais leur donner, et sachent les précautions qu'ils doivent prendre pour les faire racheter promptement.
Lorsque quelques fils de familles ou des personnes riches tombent dans le déplorable état de la captivité, ils écrivent promptement chez eux, pour recevoir de leurs parents, de leurs amis, ou de leur bien, le secours qu'ils ont lieu d'en espérer. Leurs parents ne manquent pas aussitôt de donner ordre à des Marchands, qui ont des correspondances ou des associés sur les lieux où ils sont, et de leur fournir les sommes qui sont demandées pour leurs rançons. Ces Marchands, après avoir reçu l'argent, l'emploient en Marchandises et les envoient en Barbarie à leurs Facteurs, qui résident à Salé, à Tétouan, à Alger, ou dans les autres Villes Maritimes où sont les Captifs. Ces Facteurs (qui sont la plupart des misérables ou des banqueroutiers) vendent ces marchandises et en emploient le prix en d'autres qu'ils envoient en Espagne et en Portugal. Pendant qu'ils font ce beau négoce, ils récrivent en France à leurs associés, qu'ils travaillent puissamment au rachat des Captifs, mais qu'il faut se donner un peu de patience, et ne pas précipiter les choses, de crainte que leurs Patrons ne demandent de plus grandes sommes.
Les Marchands Français qui demeurent actuellement à Marseille, à la Rochelle, à Bordeaux et à Bayonne (qui sont de concert avec leurs Facteurs et avec lesquels ils partagent le gain) font voir les Lettres qu'ils en reçoivent aux parents des Captifs, afin de leur faire connaître qu'ils travaillent de bonne foi à la rupture de leurs chaînes.
Les parents ainsi abusés récrivent souvent aux Captifs pour leur donner courage, et pour leur faire savoir en même temps qu'ils ont envoyé leurs rançons par la voie de tels et tels Marchands qu'ils leur nomment. Mais comme ils délivrent leurs Lettres à ces mêmes Marchands pour les envoyer, ces trompeurs les séquestrent, afin que les Captifs n'aient aucunes nouvelles qu'ils ont leurs rançons, et donnent ordre d'en faire autant de toutes celles qu'ils écrivent à leurs parents, pour cacher leurs fourberies et leur infâme commerce.
Pendant qu'ils font ce négoce, les pauvres Esclaves qui languissent dans les fers et dans les souffrances se désespèrent assez souvent et se font Renégats, parce qu'ils ne peuvent plus supporter les mauvais traitements que leurs Patrons leur font, et qu'ils se croient abandonnés pour jamais de ceux de qui ils avaient espéré un prompt et favorable secours.
Voilà le trafic ordinaire de la plupart des Marchands qui font aujourd'hui commerce dans la Barbarie : et comme ils s'accordent tous entre eux, et qu'ils s'avertissent les uns les autres des rançons qui leur sont délivrées, afin de séquestrer les Lettres qui pourraient découvrir leurs friponneries, je les ai bien voulu déclarer en ce lieu, afin d'en enseigner le remède. J'en ai connu plusieurs qui ont fait la même chose du temps que j'y étais, et entre autres le Consul qui est encore à Salé ne s'est enrichi que par ce moyen et par celui du butin ; ayant même tenu plus de deux ans les rançons de Claude Loyer de la Garde mon cousin, et du Sieur Paul le Vasseur de Pontoise, sans le déclarer ; quoique le R. P. Lartigues, Religieux de la Merci, Supérieur du Couvent de Marseille, qui les avait envoyées, l'eût dit à d'autres Captifs qui avaient été mis en liberté, lesquels le leur firent savoir en leur écrivant par la voie de Tanger et de Ceuta[11]. C'est pourquoi il sera à propos d'en faire de même en d'autres rencontres, et d'écrire aux Captifs par les mêmes voies, ou d'autres semblables, pour ôter les moyens qu'ils ne trompent plus à l'avenir.
Moyen pour empêcher ce désordre
Il est donc nécessaire, pour empêcher le cours de ce Commerce infâme, que tous ceux qui donneront de l'argent aux Marchands pour faire racheter des Captifs soient avertis que, s'ils veulent leur faire donner une prompte liberté, il faudra limiter avec eux un terme préfix de six mois, plus ou moins, suivant la distance des lieux. Pendant lequel temps les Marchands seront obligés de délivrer les Esclaves et les rendre dans les Villes où l'argent leur aura été donné ; et stipuler que s'ils ne le font dans ce terme, qu'ils seront tenus de payer l'intérêt de la somme, à moins qu'ils ne fassent voir par des Lettres des mêmes Captifs, comme ils ont fait leur possible pour les délivrer, et que le retardement de leur liberté ne provient pas de leur faute. C'est là le seul moyen par où l'on peut leur empêcher de négocier avec les rançons des Esclaves, et il est bien juste qu'on prenne de telles précautions avec eux, puisqu'ils prennent beaucoup d'argent pour leurs assurances. Ce que je viens de dire n'est pas pour faire tort à la réputation des gens de bien qui trafiquent en ce pays-là, mais pour découvrir les tromperies des méchants, et enseigner à s'en donner de garde.
Le Commerce de l'Or et le "Troc Muet"
Les Arabes de ces Provinces qui trafiquent dans les Royaumes de Soudan, de Guinée et de Tombouctou se servent de Dromadaires, qui sont des animaux d'une vitesse et légèreté incroyable, sur lesquels ils chargent du sel blanc, avec quoi ils négocient avec les Nègres pour avoir cette poudre d'or.
Mais comme leur manière de négocier est assez plaisante, et que l'usage de la parole y est interdit, j'en ferai le récit en ce lieu, tel que je l'ai appris de plusieurs Maures de Dras et de Tafilalet, qui y avaient été plusieurs fois.
Lorsque les Arabes ont passé les Mers, ou Déserts de sables, qui séparent les Royaumes dont je viens de parler, et qu'ils sont entrés sur les frontières des Nègres, ils cheminent toujours en côtoyant, jusqu'à ce qu'ils rencontrent un des lieux où ils s'assemblent pour faire leur négoce. Ce lieu est ordinairement éloigné d'une portée de Canon de l'habitation où demeure l'Alc-aïr, ou Commandant de cette Frontière : ils y rencontrent un Arabe qui y est entretenu par cet Alc-aïr, et qui seul a le privilège de lui parler, pour les avertir à leur arrivée de ce qu'ils doivent faire, et comme quoi ils doivent négocier sans parler aux Nègres. Cet Arabe écrit les noms de tous les nouveaux venus, et la quantité de sel qu'ils amènent, afin que ceux qui viennent les premiers débitent devant les derniers. L'échange du sel se fait deux fois le jour, au matin et au soir, à cause que le Soleil est trop violent sur le milieu du jour ; et l'heure qu'on la doit faire étant venue, l'Alc-aïr envoie quelques-uns de ses Gardes, lesquels se promènent le long des nattes de joncs, qui sont étendues contre terre pour servir à mettre le sel.
Ceux qui en ont à vendre font sur des nattes plusieurs monceaux de différentes mesures ; ensuite de quoi ils se retirent un peu loin pour voir arriver leurs Marchands. Les Nègres qui en ont besoin s'approchent de ces nattes et considèrent tous les monceaux. Et quant à celui qui leur agrée, et qu'ils croient avoir assez de quoi le payer, ils font auprès d'icelui la montre de leur poudre d'or, et se retirent aussi à leur tour.
S'ils n'en trouvent point qui leur soit propre, ils laissent aussi leur or auprès d'un monceau de sel, et l'Arabe à qui il appartient le vient voir pour l'augmenter ou diminuer à sa volonté. Lorsqu'ils se trouvent d'accord, c'est lors que l'Arabe prend une poignée de sel et la met auprès de l'or ; ensuite ils font signal aux Gardes de venir mesurer le sel, lesquels en prennent la douzième partie pour l'Alc-aïr, et une once pour chaque liasse d'or.
Ce Commerce se fait sans parler, ni sans qu'il y arrive aucun désordre de côté ni d'autre. Et s'il échoit que les Nègres fussent les agresseurs, l'Alc-aïr les fait punir sur le champ : on les pend par-dessous le menton à de hautes perches fort pointues, où leurs corps demeurent suspendus pour servir d'exemple jusqu'à ce que leurs membres tombent en pièces. Les Arabes sont quittes pour perdre leur sel et leurs voitures, qui sont confisquées au profit de l'Alc-aïr, avec cinq cents bastonnades que le Cheik leur fait donner sur les fesses, à la mode de leur pays. Lorsque ces Arabes sont de retour chez eux, ils vendent cette poudre d'or à des Marchands Maures et Juifs, lesquels l'envoient avec leurs autres denrées à ceux de Maroc et de Taroudant ; et ceux-ci les font transporter à Sainte-Croix, à Safi et à Salé.
Les Marchandises de Barbarie et d'Europe
Outre ces Marchandises de poudre d'or, de plumes d'Autruches, de dattes et d'indigo, on envoie encore aux ports de Mer quantité de cuirs tannés et non tannés, des raisins de Damas, du cuivre en barres faites à mode de briques, de la cire, de l'étain et de la laine, avec des peaux de chèvres pour faire des maroquins. Le trafic des grains, des chevaux, et des autres animaux, est interdit dans ces Royaumes, à moins qu'on ne donne en échange des armes, de la poudre, et des autres munitions de guerre.
Ce sont ces sortes de Marchandises qui sortent de Tétouan, d'Alcassar, d'Arzila, de Salé, d'Azemmour, de Safi et de Sainte-Croix, pour lesquelles nos Marchands leur portent d'Europe : de l'argent d'Espagne, des draps fins de soie et de laine de toutes couleurs et de toutes sortes, comme du brocart, du velours, des taffetas rayés et unis, et de l'écarlate ; avec des écharpes de soie et des draps fins d'Angleterre et de Ségovie, des toiles de Hollande, de Bretagne et de Rouen ; avec des mousselines pour faire des turbans, des bonnets fins rouges et noirs, à l'usage des Maures et des Juifs. De la soie à mettre en oeuvre, des épiceries et des drogues de toutes sortes, avec du coton, du tabac de Brésil, des Îles Antilles et de Bordeaux ; du sucre, du bois de campêche, du tartre, de l'alun et du soufre, avec des peintures de toutes couleurs, de la cochenille et d'autres teintures. Du papier de toutes façons, de l'acier, du fer et du plomb. De la quincaillerie et mercerie : comme des couteaux, ciseaux, épingles, aiguilles, cadenas, miroirs et des peignes de buis et d'ivoire à menues dents.
Il y a encore plusieurs autres sortes de menues marchandises, dont le détail serait trop long et trop ennuyeux, lesquelles payent toutes (à l'exception de l'argent, qui ne donne que deux pour cent) dix pour cent d'entrée et de sortie pour les droits du Roi, et deux pour cent de ceux du Consul. Je ne parlerai point des armes offensives et défensives, ni des autres ustensiles de guerre propres à armer et à équiper les Corsaires, qu'on y porte journellement malgré les Censures Ecclésiastiques et les défenses de nos Princes. Car les Marchands, aussi bien que la plupart du monde aujourd'hui, n'ont point d'autre objet que le bien, et se soucient très peu d'en acquérir mal, pourvu que lorsqu'ils en amassent, ils n'en paraissent pas moins honnêtes gens dans le monde.
De la Conduite que les Marchands doivent tenir
Après avoir assez amplement parlé des Villes et des Marchandises, je dirai quelque chose sur la résidence des Marchands, afin que ceux qui voudront y aller négocier, et qui ne savent pas les coutumes du pays, apprennent ce qu'ils sont tenus d'observer, pour n'être point surpris ni inquiétés des Gouverneurs et des peuples, ni même d'avoir aucun démêlé avec eux pour le payement de leurs Marchandises, et dans toutes les autres occasions.
La première chose qu'ils doivent faire le jour même ou le lendemain de leur arrivée, c'est d'aller visiter le Gouverneur de la Ville et de le régaler de quelque présent honnête, suivant la coutume, et lui rendre dans la suite souvent des visites pour se concilier son amitié. Car les Maures sont fort vains et amateurs de gloire, principalement quand ils sont dans des Postes élevés, comme celui de Gouverneur.
Il faut lui faire des plaintes pour les moindres différends qu'ils auront avec les Maures ou les Juifs, d'autant que cela tourne à son profit pour en tirer quelque amende, et afin de ne point donner lieu à cette canaille de les mépriser, ni de leur faire aucun tort ; car lorsque le peuple voit que les Marchands sont dans quelque estime auprès du Gouverneur, et qu'il prend leurs intérêts, chacun va plus droit en besogne, et n'oserait les offenser.
Quand le Gouverneur les fera sommer de comparaître devant lui, ou que quelqu'un les appellera en Jugement, ils ne manqueront pas de se trouver au temps de l'Assignation verbale qui leur aura été donnée, d'autant que s'ils donnent le temps au Gouverneur de les envoyer appeler une seconde fois, ils subiront la peine de la Loi, qui est de deux cents bastonnades, d'être mis prisonniers, et de payer une grosse amende, pour avoir méprisé les ordres de la justice.
Ils auront soin de se faire des amis des parents et des plus familiers du Gouverneur, qui leur peuvent servir en beaucoup d'occasions, et surtout pour obtenir quelque grâce particulière de lui. Ils prendront garde de ne point dire d'injures, et de ne pas répondre des paroles offensantes aux Maures devant des témoins, encore moins de lever la main pour les frapper, leur cracher au visage, ou même devant eux, lorsqu'ils se mettront en colère ; parce qu'il vaut mieux se plaindre au Gouverneur, que de se faire soi-même justice ; étant fort jaloux de son autorité.
Il ne se faut pas trop fier au beau semblant que le Gouverneur leur pourra montrer, car ce sont tous des chiens qui mordent en faisant des caresses : des avares qui se ruinent à promettre beaucoup et qui s'enrichissent à ne donner rien. Peu amateurs de tenir leur parole, et d'exécuter leurs promesses, grands amis de recevoir, et de ne faire aucun bien. Ils disent lorsqu'on se plaint de leur peu de fidélité à garder leur foi, qu'ils ne sont pas Chrétiens comme nous pour en avoir une inviolable : que c'est en cela qu'ils se font reconnaître, et pourquoi on s'y fie.
Ils n'iront point d'une Ville à une autre sans le congé du Gouverneur, duquel ils se feraient un ennemi mortel, s'il leur arrivait autrement.
- Ils ne donneront point leurs Marchandises à crédit, ni aux Maures, ni aux Juifs, que sous trois ou quatre bonnes cautions ; car ils sont fort sujets à faire banqueroute, et lorsqu'ils l'ont faite, ils n'ont aucuns biens propres sur quoi se payer, à cause qu'ils ne possèdent autres héritages que leurs maisons et quelques jardins qui valent peu de chose.
- Ils ne prendront non plus aucunes Marchandises à crédit des Juifs, ni ne feront aucuns Livres journaux avec eux, d'autant qu'ils écrivent toujours plus du quart ou du tiers qu'ils n'ont livré, suivant en cela une certaine maxime qu'ils ont : qu'ils ne deviendront jamais riches s'ils ne mêlent du bien d'autrui avec le leur. Or autrui chez les Juifs, sont les Chrétiens, les Turcs, les Maures et les Païens, sur lesquels ils peuvent voler impunément quand ils en trouvent l'occasion, pourvu qu'ils en donnent une partie pour relever la fortune de ceux qui en ont eu une mauvaise, et pour empêcher leurs pauvres de mendier leur pain. Il est vrai que leur charité est admirable sur ce point ; car un homme qui aura perdu tout son bien, ils lui en redonneront jusqu'à trois fois autant, pour tâcher de se rétablir dans son premier état, et s'il a toujours la fortune à dos, il est entretenu comme le reste des autres pauvres : mais les voies injustes par lesquelles ils l'entretiennent sont pour faire connaître de quelle manière on se doit fier à leur prud'hommie.
- Lorsque les Juifs se veulent faire payer de ce qu'ils ont écrit sur leurs Registres, ils briguent la faveur du Juge (qui est ordinairement le Gouverneur de la Ville) en lui faisant quelque présent, ou bien par la promesse de la moitié du larcin s'il leur donne gain de cause. Et il est arrivé de mon temps que plusieurs Marchands qui étaient à Salé et à Tétouan sont tombés dans la dernière nécessité pour les avoir crus trop honnêtes gens, et s'être fiés à leurs Livres.
- Les Maures sont un peu plus sincères que les Juifs, mais le plus sûr c'est de les croire aussi fins et aussi méchants que les autres.
Les Gouverneurs, pour se maintenir dans la faveur et pour la briguer encore plus, et se conserver l'amitié de leur Prince, lui font souvent des présents de draps et de toiles fines qu'ils empruntent des Marchands ; mais comme ils sont souvent révoqués ou détruits, et qu'ils n'ont aucun patrimoine, il ne leur faut prêter que le moins qu'on pourra : et lorsqu'ils voudront avoir de ces Marchandises, ne leur faire voir que les pires, afin qu'ils en prennent moins ; car ce sont la plupart des misérables qui n'ont de quoi subsister qu'autant que leur faveur dure.
Les Marchands doivent éviter surtout de se familiariser beaucoup avec les Esclaves, tant à cause que cela leur porte préjudice pour leur liberté, que cela les fait croire eux-mêmes Marchands et plus riches qu'ils ne sont ; qu'à cause que si quelqu'un vient à fuir et à se sauver, on attribue à ces Marchands de le leur avoir conseillé, et d'avoir corrompu quelque Maure à force d'argent pour le mener en liberté, et on le leur fera passer au triple plus qu'il avait été acheté. Mais aussi, afin que les Esclaves ne se plaignent pas qu'ils les méprisent à cause de leur infortune, ils doivent leur témoigner de la charité et du secours dans leurs maladies et dans leurs autres nécessités, comme quand ils sont mal nourris chez leurs maîtres ; même les faire venir chez eux pour se réjouir les principales Fêtes de l'année, à l'imitation du Sieur Antoine Raymond de Marseille, qui était Consul à Salé, qui non content de les avoir bien régalés ce jour-là, leur donnait encore de l'argent.
Et comme fait encore aujourd'hui le Sieur Toussaint Boyer de Cassis qui réside à Tétouan, où il fait tant de charités aux Chrétiens qui y sont Esclaves qu'il en retire toujours chez lui un grand nombre, et desquels il se rend responsable envers leurs Patrons. Ce serait ici le lieu de faire l'éloge de ce parfait Chrétien, qui étant né Gentilhomme, a été obligé pour relever sa fortune d'embrasser le parti du Commerce ; et il semble que la Providence l'ait conduit à Tétouan pour y servir de Père commun aux pauvres Esclaves. Il doit servir de modèle à tous ceux qui iront après lui dans ces quartiers-là, afin qu'à son exemple ils travaillent à la prompte liberté des Captifs, pour lesquels on leur enverra de l'argent, et qu'ils n'imitent pas la méchante politique de ceux dont je viens de parler. Quoi faisant, Dieu bénira leurs oeuvres et leur négoce, et les préservera avec leurs biens de tous périls et des fortunes de la Mer.
J'espère que cette Relation n'aura pas donné moins de plaisir dans sa lecture que la précédente Histoire de Maroc, d'autant que l'entretien des Esclaves auxquels il est arrivé tant de divers événements, quoiqu'ils ne soient pas si célèbres que ceux des Rois, n'en sont pas pour cela plus désagréables, et n'en divertissent pas moins. C'est ce qui me fait croire que le Lecteur, que j'ai déjà assez instruit dans ma Préface du sujet pour lequel je l'ai mise au jour, ne trouvera pas mauvais que je réitère à lui dire en ce lieu, qui lui donne fin, que ses aumônes ne sauraient jamais être mieux employées qu'au rachat de 400 infortunés de nos frères qui sont restés à Fez, à Meknès, à Salé, à Alcassar et à Tétouan. Entre lesquels il y a plus de cinquante jeunes Garçons de quinze à dix-huit ans qui sont tous les jours exposés à renier leur Foi par les cruautés journalières dont leurs Patrons inhumains usent barbarement envers eux pour les y faire consentir ; et desquels je me suis efforcé de lui représenter les souffrances, afin de l'obliger à se ressouvenir de les secourir toutes les fois que Dieu lui donnera les moyens de le faire.
Les Révérends Pères de la Merci, qui se préparent bientôt à faire une troisième Mission dans les Royaumes de Fez et de Maroc, ont député le R. Père de Chilly, célèbre Religieux de leur Ordre du Couvent de Paris, pour en être le Chef, et qui doit partir aussitôt que vos aumônes leur auront fourni le fonds nécessaire pour faire les grandes dépenses à quoi on est obligé dans ce pénible voyage, tant pour le rachat de chaque Captif, qui excède toujours le prix de deux cents écus, que pour les présents qui se font au Roi de Maroc, et aux Gouverneurs des Villes pour les obtenir, que pour les avanies qu'on leur fait payer pour la moindre chose qui arrive.
Reperes historiques
« Nous devons tous ces grands biens au zele infatigable [...] de Monseigneur Colbert » — Jean-Baptiste Colbert mourut en septembre 1683, la meme annee que la publication du livre de Mouette. Cet eloge vibrant du ministre est donc aussi un hommage posthume. Colbert avait fait du commerce maritime une arme geopolitique : creation de la Compagnie des Indes, arsenal de Rochefort, ordonnance de la Marine de 1681. Sa politique envers la Barbarie combinait diplomatie, bombardements navals (Alger en 1682-1683) et traites de commerce. Mouette, en placant son traite sous le patronage de Colbert, inscrit son recit dans le grand dessein mercantiliste de Louis XIV.
Source : « La politique maritime et mercantiliste de Colbert », Le Livre Scolaire, https://www.lelivrescolaire.fr/page/6745286
« La Mamora [...] fut prise par Mouley Semein sur les Espagnols en l'annee 1681 » — La prise de Mamora (aujourd'hui Mehdya) par Moulay Ismail le 3 mai 1681 fut un evenement majeur. La garnison espagnole, installee depuis 1614, capitula apres un siege mene par 30 000 cavaliers marocains. Les Espagnols perdirent 308 prisonniers et 88 canons de bronze. Le sultan rebaptisa la ville « Al-Mahdiya » et projeta d'en faire un grand port commercial et corsaire, profitant de la profondeur du fleuve Sebou qui pouvait accueillir des navires de 300 tonneaux. Mouette, informé par l'ambassadeur marocain, rapporte ce projet avec une precision remarquable.
Source : « Siege of Mamora (1681) », Wikipedia, https://en.wikipedia.org/wiki/Siege_of_Mamora_(1681)
« Agader Aguer, ou Sainte-Croix [...] surpasse toutes ces autres Villes, a cause que les Marchandises que l'on en tire sont plus exquises » — Agadir, appelee « Santa Cruz » par les Portugais qui y tinrent un fort au XVIe siecle, etait le debouche naturel du commerce saharien. La region du Souss, dont elle etait le port, produisait du sucre et servait de relais pour l'or en poudre, les plumes d'autruche et l'indigo venus du Soudan et de Tombouctou via les caravanes transsahariennes. Au XVIIe siecle, sous la principaute semi-independante du Tazeroualt, Agadir commercait directement avec les maisons de negoce europeennes, en particulier hollandaises et anglaises.
Source : « Histoire », In Agadir, https://inagadir.wordpress.com/histoire/
« les Arabes [...] se servent de Dromadaires [...] sur lesquels ils chargent du sel blanc, avec quoi ils negocient avec les Negres pour avoir cette poudre d'or » — Le commerce transsaharien du sel contre l'or est l'un des plus anciens echanges commerciaux du monde, documente depuis le VIIe siecle. Le sel, extrait des mines du Sahara (notamment a Taghaza et Taoudeni), etait si precieux en Afrique subsaharienne qu'il s'echangeait presque poids pour poids contre l'or. Les caravanes de dromadaires pouvaient compter plusieurs milliers de betes et traversaient des centaines de kilometres de desert. Ce commerce a fait la fortune de Tombouctou, de l'empire du Ghana, puis de l'empire du Mali.
Source : « The Trans-Saharan Gold Trade (7th-14th Century) », The Metropolitan Museum of Art, https://www.metmuseum.org/essays/the-trans-saharan-gold-trade-7th-14th-century
« Ce Commerce se fait sans parler, ni sans qu'il y arrive aucun desordre » — Le « troc muet » decrit par Mouette est l'une des curiosites les plus celebres de l'histoire du commerce mondial. Deja mentionne par Herodote au Ve siecle avant notre ere, ce systeme d'echange sans parole entre marchands arabes et populations noires subsahariennes fonctionnait par depots successifs : l'un posait le sel, l'autre posait l'or, et l'on ajustait les quantites jusqu'a l'accord. Ce protocole evitait les conflits linguistiques et protegeait les secrets des mines d'or. Mouette le decrit avec une precision ethnographique exceptionnelle pour son epoque, s'appuyant sur des temoignages de marchands du Draa et du Tafilalet.
Source : « The Salt Trade of Ancient West Africa », World History Encyclopedia, https://www.worldhistory.org/article/1342/the-salt-trade-of-ancient-west-africa/
« Les Consuls et les Marchands [...] s'enrichissent la plupart du butin que les Corsaires font sur les Chretiens » — Mouette livre ici une denonciation feroce des marchands francais etablis a Sale et a Tetouan. Son accusation est grave : ces negociants achetaient a bas prix les marchandises pillees par les corsaires sur des navires chretiens pour les revendre en Europe avec un benefice quadruple. Pire, ils detournaient les rancons envoyees par les familles des captifs pour les investir dans le commerce, retardant parfois la liberation de plusieurs annees. Le consul francais a Sale est nomme personnellement. Des etudes historiques confirment que ces pratiques etaient repandues et que la frontiere entre commerce legitime et recel de piraterie etait tres floue.
Source : « Le consul Jean-Baptiste Estelle et le commerce de la France au Maroc a la fin du XVIIe siecle », Persee, https://www.persee.fr/doc/outre_0300-9513_1959_num_46_162_1304
« ces trompeurs les sequestrent, afin que les Captifs n'aient aucunes nouvelles qu'ils ont leurs rancons » — Le systeme de sequestration des lettres decrit par Mouette est un mecanisme de fraude sophistique. Les marchands interceptaient la correspondance dans les deux sens : les lettres des familles aux captifs et celles des captifs aux familles. Ainsi, personne ne savait que la rancon avait ete versee, et l'argent travaillait pour le marchand. Mouette recommande d'ecrire aux captifs « par la voie de Tanger et de Ceuta » — c'est-a-dire par les postes espagnoles et anglaises — pour contourner le reseau francais corrompu. Ce conseil pratique, adresse aux familles de captifs, fait de ce chapitre un veritable guide de survie.
Source : « Les Rochelais au Maroc au XVIIe siecle : commerce et rachat de captifs », Persee, https://www.persee.fr/doc/outre_0399-1385_1948_num_35_122_1100
« les marchandises [...] payent toutes [...] dix pour cent d'entree et de sortie pour les droits du Roi, et deux pour cent de ceux du Consul » — Ce systeme fiscal a taux unique de 10 % — avec une exception pour l'argent espagnol, taxe seulement a 2 % — etait remarquablement simple par rapport aux regimes douaniers europeens de l'epoque. Les droits consulaires de 2 % supplementaires constituaient le salaire et les frais de fonctionnement du consul. Mouette note avec ironie que les armes et munitions de guerre circulent « malgre les Censures Ecclesiastiques et les defenses de nos Princes » — preuve que le commerce des armes avec l'ennemi musulman etait une realite que ni l'Eglise ni le roi ne parvenaient a empecher.
Source : « Les captifs francais du Maroc au XVIIe siecle, 1577-1699 », Charles Penz, Institut des hautes etudes marocaines
« Il ne se faut pas trop fier au beau semblant que le Gouverneur leur pourra montrer, car ce sont tous des chiens qui mordent en faisant des caresses » — Ce passage est un veritable vade-mecum du negociant en terre barbaresque. Les conseils de Mouette — ne rien preter au gouverneur, ne pas croire les livres de comptes des Juifs, eviter de se familiariser avec les esclaves — temoignent d'une experience vecue. Son avertissement sur les Juifs, qui « ecrivent toujours plus du quart ou du tiers qu'ils n'ont livre », reflète les prejuges de l'epoque mais aussi une realite commerciale ou la confiance etait rare et les litiges constants. Le tableau d'ensemble est celui d'un monde ou chacun — Maure, Juif, chretien — cherche a tromper l'autre, et ou seule la prudence permet de survivre.
Source : « Image(s) francaise(s) du Maroc avant le Protectorat (XVIIe-XIXe siecle) », these de doctorat, HAL, https://theses.hal.science/tel-01315181
Jean-Baptiste Colbert (1619-1683), Ministre de Louis XIV, artisan de la politique mercantiliste et des manufactures royales. ↩︎
Appelée « Toutouan » dans l'original. Aujourd'hui Tétouan. ↩︎
Aujourd'hui Ksar el-Kébir. ↩︎
La Rivière de Loukkos. ↩︎
Aujourd'hui Mehdia, à l'embouchure du Sebou. ↩︎
Appelée « Guerou » dans l'original. Il s'agit du Bou Regreg. ↩︎
L'oued Oum Errabiaa. ↩︎
Appelée « Saphye » dans l'original. Aujourd'hui Safi. ↩︎
Aujourd'hui Agadir. ↩︎
Probablement Iligh, dans le Souss. ↩︎
Ceuta, alors possession espagnole. ↩︎